À l’occasion des élections consulaires 2026, La Gazette de Miami souhaite vous faire découvrir celles et ceux qui se cachent derrière les candidats : qui sont-ils, quelles sont leurs histoires, quels chemins les ont conduits jusqu’ici ? Sans parti pris ni langue de bois.
Parce que ces élections sont avant tout une aventure humaine, nous vous proposons de partir à la rencontre de ceux qui aspirent à représenter les Français de notre circonscription.
Cette semaine, c’est au tour de Séverin Espinosa de se prêter au jeu de l’interview de la Gazette. Entre son parcours d’infirmier, ses années à Saint-Martin, son installation en Floride et son engagement naissant dans la vie consulaire, il incarne un profil singulier, qui apporte un véritable vent de fraîcheur au sein de notre communauté.
Avant d’évoquer son engagement pour les élections consulaires 2026, nous avons voulu comprendre qui il est vraiment. Rencontre avec un homme de terrain, façonné par les situations de crise et animé par un sens aigu des responsabilités.

Severin Espinosa, vous êtes français, aujourd'hui basé à Tampa où vous travaillez à l'hôpital. On dit que la gestion de crise forge un leadership solide. Est-ce que c'est ce qui vous définit ?
Oui, clairement. J'ai traversé plusieurs périodes qui m'ont beaucoup construit, notamment la crise Covid, mais aussi l'ouragan Irma en 2017 à Saint-Martin. Ce sont des moments où il faut garder la tête froide, rester efficace, et surtout être présent quand les autres comptent sur vous. Avec les années, ce type de contexte m'a naturellement amené à prendre davantage de responsabilités. Au fil de mes dix années de carrière infirmière, j'ai développé une vraie capacité à gérer des situations complexes, jusqu'à occuper pendant trois ans un poste de superviseur dans un hôpital à Cincinnati avant de rejoindre Tampa.
UN PARCOURS ENTRE PLUSIEURS MONDES
Comment passe-t-on du nord des États-Unis à la Floride ?
Avant les États-Unis, je vivais à Saint-Martin, un endroit auquel je reste très attaché. J'y ai trouvé un cadre de vie qui me correspondait beaucoup : la nature, la lumière, le rythme, la proximité avec la mer. Cincinnati a été une très belle étape, surtout sur le plan professionnel, mais je savais que ce n'était pas un endroit où je me voyais rester sur le long terme. Avec ma femme, nous avons pris le temps de réfléchir à plusieurs possibilités, et c'est finalement la région de Tampa qui s'est imposée assez naturellement.
Avant Tampa, où étiez-vous ? Qui était le Séverin d'avant ?
Avant Tampa, il y a eu six années très fortes à Saint-Martin, juste après mon diplôme infirmier. C'est une période qui m'a beaucoup forgé. J'y ai énormément appris, humainement comme professionnellement, même dans des moments difficiles comme le Covid ou l'ouragan. Cela m'a aussi permis de progresser en anglais et en espagnol. Et puis c'est là que j'ai rencontré ma femme, donc forcément cette période a une place particulière dans mon parcours.
Au-delà des titres et du CV, comment vous définiriez-vous, humainement ?
Je dirais que je suis quelqu'un de loyal. Pour moi, la confiance se construit avec le temps. J'essaie d'être cohérent avec mes valeurs, avec ce que je pense et avec ce que je fais. Je suis aussi quelqu'un de très ouvert, ce qui m'a beaucoup aidé dans les différents environnements où j'ai vécu. J'aime la relation humaine, c'est d'ailleurs une des raisons profondes qui m'ont amené vers ce métier. Et j'ai toujours eu une vraie curiosité pour les autres cultures.
Il y a ceux qui aiment être sous les projecteurs, et ceux qui préfèrent agir dans l'ombre. Vous vous situez où ?
Plutôt dans la discrétion. Je sais me mettre en avant quand c'est nécessaire, mais ce n'est pas quelque chose que je recherche naturellement. Je préfère souvent agir sans faire de bruit. Ce qui compte pour moi, c'est que les choses avancent et soient utiles, pas forcément d'être celui qu'on regarde.
UN ENGAGEMENT POLITIQUE ASSUMÉ

Vous vous présentez sous l'étiquette des Écologistes. Que représente pour vous cet engagement aujourd'hui ? Est-ce une continuité naturelle de votre parcours ou un tournant ?
Au départ, j'étais simplement sympathisant. Je me retrouve dans les valeurs portées par les Verts, que je trouve profondément bienveillantes. Aujourd'hui, cet engagement représente pour moi une envie très simple : remettre un peu de solidarité et de sens collectif dans un contexte où l'individualisme prend souvent beaucoup de place, en France comme ici aux États-Unis. C'est une continuité parce que cela rejoint mes convictions personnelles, mais c'est aussi un tournant, car je découvre un univers nouveau, celui de la représentation consulaire.
Vos proches, famille, amis, comment vous décriraient-ils ?
Ils diraient probablement que je suis quelqu'un d'entier et que j'essaie toujours de rester fidèle à ce que je dis. Peut-être aussi que je ne parle pas beaucoup de ce que je fais quand j'estime simplement que cela fait partie des choses normales à faire.
Et ici, en Floride, qui sont les personnes qui comptent dans votre quotidien ?
Aujourd'hui, la personne centrale dans mon quotidien, c'est ma femme. Je n'ai pas beaucoup de proches installés aux États-Unis, donc forcément elle occupe une place essentielle. Et honnêtement, sans elle, je ne serais probablement jamais venu vivre ici. Au départ, je n'avais pas spécialement l'idée de construire ma vie aux États-Unis, puis les choses se sont faites naturellement.
UN FIL CONDUCTEUR PROFESSIONNEL
Avant la Floride, quel était le fil rouge de votre carrière ?
Ce qui m'a toujours attiré dans ce métier, c'est qu'il n'est jamais figé. On peut évoluer, apprendre, changer d'environnement, se spécialiser. J'ai beaucoup grandi professionnellement à Saint-Martin, puis je me suis redécouvert aux États-Unis, où le rôle infirmier est très différent de celui que l'on connaît en France. Ici, j'ai pu accéder rapidement à des postes de responsabilité grâce à l'expérience acquise auparavant. Mais ce qui reste constant depuis le début, c'est la relation à l'autre et le sentiment d'être utile.
L'hôpital est un environnement exigeant, parfois sous tension. Qu'est-ce que cette expérience vous a appris sur vous-même ?
L'hôpital m'a appris qu'on est souvent capable de faire plus qu'on ne l'imagine. Dans les périodes de crise, j'ai toujours eu tendance à me rendre disponible, parfois bien au-delà de ce qui était prévu. Au départ, ce n'était pas quelque chose que je recherchais particulièrement, mais avec le temps j'y ai trouvé un vrai sens. Quand il y a une crise sanitaire ou climatique, on sent immédiatement à quoi sert notre présence. Et cela donne beaucoup de force.
LES MOMENTS QUI FAÇONNENT
Y a-t-il eu un déclic dans votre vie ? Une rencontre, une décision ou une épreuve qui a changé votre trajectoire ?
Je me souviens d'un voyage fait avec ma famille alors que je préparais mon entrée en école infirmière. Nous étions partis dans les îles des Antilles, et ce voyage m'a profondément marqué. C'est là que j'ai commencé à me dire que je pourrais vivre un jour dans ce type d'environnement. J'ai aussi compris assez tôt que ce métier permettait d'aller partout. Être infirmier ouvre énormément de possibilités, et cette idée de liberté m'a toujours plu.
On parle souvent de valeurs. Les vôtres, elles viennent d'où ?
D'abord de ma famille proche, où certaines valeurs ont toujours eu une vraie place : le respect, la loyauté, le sens de la parole donnée. Ensuite, de personnes très différentes que j'ai vues évoluer autour de moi, dans ma famille comme dans mes amitiés. Il y a aussi des rencontres marquantes, des gens sincères, droits, ouverts, dont on retient naturellement quelque chose.
UNE ÉQUIPE DERRIÈRE L'HOMME

Qui compose votre équipe de campagne aujourd'hui ? Qu'est-ce qui vous unit ?
Nous sommes sept dans cette campagne, avec des parcours très différents. Il y a des personnes du médical, de l'enseignement, de l'entreprise. Ce qui nous rapproche, c'est surtout une envie commune d'être utiles et de faire les choses sans arrière-pensée personnelle. On essaie de rester dans quelque chose de simple, de concret, avec un vrai esprit de bienveillance.
Une campagne demande beaucoup d'énergie. Comment votre entourage vit-il cet engagement à vos côtés ?
J'ai la chance d'avoir le soutien de ma femme. Je consacre une partie importante de mon temps libre à cette campagne, et elle suit cela avec intérêt. Même si elle est américaine et connaît peu le fonctionnement politique français, elle m'apporte souvent un regard différent, parfois des idées très justes.
LE QUOTIDIEN, HORS CAMPAGNE
À quoi ressemble une journée type pour vous quand vous n'êtes pas en campagne ou à l'hôpital ?
Mes journées sont assez simples. Je me lève tôt, je prends un thé, souvent en regardant le soleil se lever. Ensuite, selon ce qu'il y a à faire, cela peut être du sport, de la cuisine, ou simplement prendre le temps d'appeler mes proches en France. J'organise aussi beaucoup mes journées en fonction de la météo, parce que la mer occupe une vraie place dans mon équilibre. Et en général, la journée se termine tranquillement avec ma femme.
Vous avez récemment parcouru la Floride, Porto Rico et les Bahamas pour rencontrer les Français de la circonscription. Qu'est-ce que ces échanges vous ont appris ?
Je n'ai pas encore pu parcourir toute la circonscription, mais j'ai déjà eu beaucoup d'échanges, par téléphone, par message et lors de rencontres. Ce qui revient souvent, c'est un sentiment d'isolement chez les Français qui vivent loin de Miami. Beaucoup ont le sentiment que la communauté française reste très concentrée autour de cette ville, et qu'en dehors, il manque parfois du lien.
Y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?
Il n'y a pas une personne en particulier, mais plusieurs histoires qui m'ont marqué. J'ai entendu des parcours d'installation en Floride parfois plus compliqués que prévu. Certains m'ont parlé de promesses non tenues, parfois même d'arnaques venant malheureusement de personnes issues de la communauté française elle-même. D'autres ont raconté avoir ressenti une forme de pression lorsqu'ils voulaient lancer une activité qui ne rentrait pas forcément dans certaines habitudes déjà installées localement. Ce sont des situations différentes, mais elles montrent qu'en arrivant ici, on peut vite se retrouver seul face à des réalités qu'on n'avait pas anticipées.
Quelles sont les préoccupations qui reviennent le plus souvent chez les Français sur place ?
Beaucoup veulent simplement se sentir mieux représentés, surtout lorsqu'ils vivent loin de Miami. Il y a une vraie attente de proximité, d'écoute, et surtout d'avoir des interlocuteurs accessibles.
Si vous êtes élu, que souhaitez-vous mettre en place concrètement ? Qu'apportez-vous de nouveau ?
J'aimerais surtout que les gens se disent qu'ils peuvent facilement me contacter s'ils ont besoin d'aide ou simplement d'un conseil. L'idée est de faciliter la vie des Français installés ici, de créer davantage de lien, de développer une antenne ADEF, et de proposer des services concrets. Je crois à une représentation simple, pragmatique, transparente, qui sache travailler avec tout le monde.
Plus personnellement, que représente cet engagement pour vous ?
C'est un engagement citoyen très concret. Cela représente six années potentielles au service des Français de cette circonscription. Je le vois comme une aventure humaine avec beaucoup à apprendre et, je l'espère, une vraie utilité.
Y a-t-il des choses de la France qui vous manquent aujourd'hui ?
Ce qui me manque le plus, c'est probablement la richesse culturelle et l'accès facile à certains produits français de qualité.
À l'inverse, qu'est-ce que la Floride vous a apporté que vous n'aviez pas trouvé ailleurs ?
En Floride, j'ai trouvé un équilibre qui me correspond vraiment. Il y a cette proximité avec la mer, qui est essentielle pour moi, cette facilité de mouvement, cette ouverture vers d'autres horizons. Et puis je m'y sens bien, tout simplement.
Quel message souhaitez-vous adresser aux Français de Floride qui ne vous connaissent pas encore ?
Je voudrais leur dire de ne pas sous-estimer l'importance des élections consulaires. Ce sont des élections qui ont un impact concret sur la vie des Français à l'étranger. Il est important de voter pour une personne dans laquelle on se reconnaît, qui inspire confiance, et dont les idées correspondent à ce que l'on attend.
Pour finir sur une touche plus personelle, quelle est la musique qui vous booste, celle que vous ècoutez quand vous avez besoin d'énergie positive ?
Uncle Tom's Cabin de Warrant
Un artiste indispensable ?
AC/DC
Un livre qui vous a marqué, une lecture qui vous a marqué et que vous conseilleriez sans hésiter ?
L'Encyclopédie du savoir relatif et absolu de Bernard Werber
Un film qui vous ressemble ou vous inspire, un qui revient regulierement sur vos écrans ?
Le Grand Bleu de Luc Besson
Et enfin, si vous deviez résumer votre manière d'avancer dans la vie en une seule phrase ?
« Avancer avec loyauté, rester ouvert, se laisser porter par le vent et essayer d'être utile là où l'on peut vraiment faire une différence. »
Severin, on vous remercie d'avoir répondu à nos questions sans sourcilier, c'etait un plaisir de vous les poser.
C'etait l'interview de Severin Espinosa, candidat Écologiste aux elections consulaires qui se derouleront a partir du 22 mai 2026.
Rendez-vous dans notre prochain portrait consacré à un autre candidat aux élections consulaires 2026.
Interview realisée avec passion par Paul-Eric Quentin, pour la gazette de Miami.