MIDTERMS : quand les électeurs votent avec leur portefeuille plutôt qu'avec leur parti

En Floride comme en Californie, quand il s'agit d'impôts, les électeurs semblent parfois oublier leur étiquette politique… et sortir leur calculatrice !

 

 

 

 

 

 


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Les élections américaines du 3 novembre 2026 ont réservé quelques enseignements intéressants. En Floride, une réforme fiscale portée par les républicains a finalement séduit une partie de l'électorat démocrate. En Californie, à l'inverse, une proposition de taxation exceptionnelle des grandes fortunes semble se diriger vers un échec. Deux États très différents, une même réalité, lorsqu'il s'agit d'impôts, les électeurs ont parfois leurs propres idées.

Il y a les élections que l'on commente à Washington, les batailles entre républicains et démocrates, les nouveaux gouverneurs et les équilibres au Congrès et puis il y a les bulletins que les Américains glissent dans l'urne pour décider de ce qu'ils vont réellement payer.

C'est peut-être là que se trouve l'un des enseignements les plus intéressants de ce scrutin de mi-mandat.

En Floride, une baisse d'impôts qui dépasse les clivages politiques

Avec près de 62 % des suffrages, l'Amendment 3 a été adopté par les électeurs floridiens. Une victoire importante pour les républicains qui portaient cette réforme, mais aussi un résultat intéressant sur le plan politique.

Car si la proposition était soutenue par le camp républicain et combattue par une partie importante des responsables démocrates, elle a également trouvé des soutiens au-delà de l'électorat conservateur.

Les sondages réalisés avant le scrutin montraient déjà que l'opposition démocrate n'était pas unanime : certains électeurs démocrates se déclaraient favorables à la mesure, malgré les réserves exprimées par leurs responsables politiques.

Une situation assez savoureuse : lorsqu'on leur propose de réduire leur facture fiscale, certains électeurs semblent soudainement moins préoccupés par la couleur politique de celui qui présente la proposition.

Il faut dire que le sujet est particulièrement sensible en Floride. Entre l'augmentation du coût de la vie, les assurances habitation et les charges immobilières, les propriétaires sont nombreux à chercher des moyens de réduire leurs dépenses.

Concrètement, qu'est-ce qui va changer pour les propriétaires ?

La réforme prévoit une augmentation progressive de l'exonération fiscale liée à la résidence principale, le fameux Homestead Exemption.

Pour les taxes foncières qui ne financent pas les écoles, l'exonération passera à 150 000 dollars en 2027, puis à 250 000 dollars en 2028. Les montants seront ensuite indexés sur l'inflation.

Attention, il ne s'agit pas d'une suppression générale des taxes foncières. La fiscalité destinée aux établissements scolaires reste concernée par les règles actuelles.

Autre changement important pour les investisseurs : le plafond annuel d'augmentation de la valeur taxable des biens ne bénéficiant pas du Homestead Exemption, notamment les locations et les immeubles commerciaux, passera de 10 % à 5 %.

Une mesure qui pourrait intéresser les propriétaires bailleurs, même si elle ne signifie pas automatiquement une baisse de leur facture fiscale.

Mais cette réforme a son revers : les collectivités locales pourraient perdre plusieurs milliards de dollars de recettes. Les municipalités devront donc trouver un équilibre entre baisse des impôts, maintien des services publics et financement des infrastructures.

Le débat ne fait donc que commencer.

 

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Pendant ce temps, en Californie, la taxe sur les milliardaires prend l'eau

Changement de décor et direction la Californie, État démocrate par excellence, où les électeurs étaient également appelés à se prononcer sur une proposition fiscale particulièrement ambitieuse : la Proposition 40.

Son principe ? Instaurer une taxe exceptionnelle de 5 % sur le patrimoine net des milliardaires résidant en Californie au 1er janvier 2026. Une taxation ponctuelle, dont les recettes devaient financer principalement les dépenses de santé, mais aussi certains programmes d'éducation et d'aide alimentaire.

Sur le papier, l'idée était simple : faire davantage contribuer les grandes fortunes pour financer les services publics.

Mais à l'heure où nous écrivons ces lignes, les premiers résultats sont particulièrement défavorables à ses promoteurs. Avec environ 59 % des suffrages dépouillés, le NON recueille près de 56 % des voix contre 44 % pour le OUI.

La proposition semble donc se diriger vers un rejet.

Et ce n'est pas tout. Deux autres propositions, les Propositions 41 et 42, ont également été conçues pour limiter ou neutraliser les effets de cette nouvelle taxation. Le débat californien a ainsi pris des allures de véritable bataille fiscale entre les partisans d'une contribution exceptionnelle des grandes fortunes et ceux qui redoutent les conséquences économiques d'une telle mesure.

La Californie découvre qu'une taxe sur la fortune n'est pas forcément populaire, même chez les démocrates

L'histoire est intéressante parce que la proposition ne faisait pas l'unanimité, y compris au sein du camp démocrate.

Le gouverneur Gavin Newsom s'était opposé à cette taxation, estimant notamment qu'elle risquait d'encourager le départ des grandes fortunes et de fragiliser les recettes fiscales de l'État.

À l'inverse, Bernie Sanders et plusieurs organisations syndicales soutenaient le projet, considérant que les milliardaires devaient contribuer davantage au financement des services publics.

L'opposition a également bénéficié de moyens financiers considérables, avec plusieurs centaines de millions de dollars mobilisés par des milliardaires et des intérêts économiques.

Le résultat illustre donc un débat qui dépasse largement la simple opposition entre républicains et démocrates : faut-il taxer davantage les patrimoines les plus importants, au risque de modifier les comportements des contribuables concernés ?

Un petit détour par la France et la fameuse taxe Zucman

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le débat français autour de la taxe Zucman qui aurait inspiré Bernie Sanders pour ce projet discutable.

Proposée par l'économiste Gabriel Zucman, cette mesure visait à instaurer un impôt minimum annuel de 2 % sur le patrimoine des contribuables disposant de plus de 100 millions d'euros.

Le projet n'a pas réussi à obtenir l'adoption parlementaire en France.

La Californie a tenté une approche différente : une taxation exceptionnelle de 5 % du patrimoine des milliardaires, et non un prélèvement annuel de 2 % comme dans le projet français.

Les deux dispositifs ne sont donc pas identiques. Mais ils reposent sur une idée commune : faire contribuer davantage les très grandes fortunes.

Et le résultat californien apporte un nouvel élément au débat. Même dans un État réputé progressiste, l'idée de taxer directement le patrimoine des plus riches ne convainc pas nécessairement une majorité d'électeurs.

Il faut toutefois attendre le dépouillement complet pour parler d'un rejet définitif.

Finalement, les électeurs américains sont-ils moins idéologiques qu'on ne le pense ?

Ces deux exemples sont intéressants parce qu'ils montrent que les électeurs ne suivent pas systématiquement les consignes de leur famille politique.

En Floride, une réforme portée par les républicains peut séduire au-delà de leur électorat traditionnel. En Californie, une proposition soutenue par une partie importante de la gauche se heurte à une opposition qui dépasse également les rangs républicains.

Faut-il y voir un changement profond dans le comportement électoral américain ? Pas nécessairement. Mais une chose semble se confirmer, lorsqu'il est question de fiscalité, les électeurs apprécient généralement davantage les économies concrètes que les grandes promesses idéologiques.

Et finalement, qu'ils vivent à Miami, à San Francisco ou ailleurs, les Américains ont peut-être un point commun, ils aiment bien que leurs impôts baissent, mais beaucoup moins lorsqu'il s'agit de payer ceux des autres.

Une petite leçon de démocratie, avec une conclusion finalement assez universelle, avant de voter pour une idée, mieux vaut parfois regarder combien elle va coûter.

 

 


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