INTERVIEW, CORINNE OUELHADJ ENGEL

Decouvrez celle qui en Floride, ne se contente pas d’entreprendre, elle fédère, transmet et ouvre des portes.

 

Il y a ceux qui arrivent en Floride pour construire leur propre aventure, et puis il y a ceux qui, une fois installés, passent une partie de leur temps à construire celle des autres, Corinne Ouelhadj Engel appartient incontestablement à cette deuxième catégorie.

Entrepreneuse, maître confiturière, pâtissière et fondatrice de Madeleine & Co, elle aurait déjà largement de quoi remplir ses journées. Pourtant, depuis plusieurs années, elle a choisi de consacrer une partie considérable de son énergie à faire vivre les savoir-faire français en Floride et à créer des passerelles entre les artisans, les entrepreneurs, les associations françaises et les institutions américaines.

Fondatrice de la French American Association of Crafts & Trades, la FAACT FL Chapter Association à but non lucratif (Première Chambre des Métiers et de l’Artisanat aux États-Unis) créée en 2021 avec un conseil d’administration, elle accompagne les artisans et créateurs français qui souhaitent développer leur activité aux États-Unis.

Mais son action ne s’arrête pas là, concours de la meilleure baguette et du meilleur croissant, concours de la galette des rois, événements autour de la pâtisserie, création des marchés français, rencontres entre professionnels, échanges avec des apprentis venus de France, signature d’un partenariat en 2022 avec la CMA Île-de-France, distributeurs de matières premières pour l’activité boulangère et pâtissière, son agenda ressemble parfois davantage à celui d’une institution qu’à celui d’une entrepreneuse.

La FAACT FL Chapter travaille également avec des acteurs locaux de Miami Beach et participe à des initiatives qui mettent en relation jeunes Français, professionnels américains et monde de l’artisanat. Un travail de réseau et de terrain qui a progressivement donné à Corinne une place singulière dans la communauté française de Floride.

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Alors forcément, une question s’impose, Corinne, commençons par la question qui nous brûle les lèvres : où trouves-tu toute cette énergie ?

Tout d’abord, merci à La Gazette de Miami pour l’intérêt porté aux actions que nous menons en faveur des artisans entrepreneurs et de leur savoir-faire.

J’ai toujours beaucoup travaillé. Le goût du travail et de l’effort fait partie de mon éducation et m’a accompagnée toute ma vie. J’ai commencé très jeune en cuisine et j’ai toujours mené de front une vie professionnelle intense et ma vie de maman de trois enfants. Comme beaucoup d’artisans, je connais les journées de douze heures ! Aujourd’hui encore, je travaille pratiquement sept jours sur sept : lorsque je ne suis pas en production, je suis derrière mon ordinateur, et même en production, mon casque me permet de rester disponible et de prendre des appels tout au long de la journée.

Tout est une question d’organisation, mais aussi d’endurance. J’ai d’ailleurs longtemps pratiqué la course à pied, qui, à une certaine époque, m’a beaucoup aidé.

Mais mon véritable moteur reste la passion et l’engagement, deux valeurs qui ont toujours occupé une place essentielle dans ma vie.

Tu es entrepreneuse, tu diriges Madeleine & Co, tu es présidente de la FAACT, tu organises des événements, tu rencontres des artisans, des entrepreneurs, des élus, des associations… Est-ce que tu arrives encore à compter le nombre de projets dans lesquels tu es impliquée ?

Il y a encore tellement à faire, et j’ai déjà de nombreux projets prêts à voir le jour ! Au sein de la FAACT Florida Chapter, nous avançons avec nos propres moyens, sans aide extérieure, mais avec la solidarité des Artisans membres et l’engagement du conseil d’administration.

Le plus difficile pour moi est de trouver le juste équilibre. Madeleine & Co est mon entreprise et devrait naturellement rester ma priorité, mais mon engagement auprès des Artisans a pris une place considérable. On n’imagine pas toujours, de l’extérieur, le temps et l’énergie que représente un tel engagement. Pour moi, c’est une véritable mission : aider les Artisans et les Entrepreneurs, valoriser leur savoir-faire et leur donner les moyens de briller.

Avec le temps, j’ai appris la patience, même si j’aimerais toujours pouvoir faire davantage. Alors j’avance, projet après projet, en essayant d’ouvrir toutes les portes possibles et de créer de nouvelles opportunités pour celles et ceux qui entreprennent et vivent de leur savoir-faire.

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As-tu toujours été comme ça ou est-ce que Miami t’a rendue particulièrement active ?

Oui, j’ai toujours été très active ! Avant de venir aux États-Unis, j’avais un salon de thé ouvert sept jours sur sept et j’étais également conseillère municipale. J’ai toujours eu besoin d’entreprendre, de m’investir et de mener plusieurs projets de front. Miami ne m’a donc pas rendue plus active, mais elle m’a certainement offert de nouvelles opportunités et de nouveaux défis !

Est-ce que tu sais dire non lorsqu’on vient te proposer un nouveau projet ?

C’est compliqué pour une passionnée ! J’ai naturellement envie de m’investir lorsque je crois en un projet. Mais avec le temps, j’ai appris, parfois malgré moi, à dire non et à faire des choix. Même si, je l’avoue, ce n’est toujours pas ce que je fais le mieux !

Une Lyonnaise en Floride

Tu es née à Lyon, passée ton enfance en Bresse et dans de grandes capitales françaises de la gastronomie. La cuisine et les produits de qualité faisaient déjà partie de ton quotidien familial. Tu as ensuite entrepris en France avant de poursuivre ton parcours aux États-Unis.

Qu’est-ce que tu as emporté de Lyon avec toi lorsque tu es arrivée en Floride ?

À mon arrivée en Floride, j’avais naturellement tendance à comparer avec ce que je connaissais en France. Mais j’ai vite compris que la comparaison pouvait être source de frustration. J’ai donc continué à faire ce que je faisais déjà en France : chercher, découvrir, rencontrer des producteurs et rester toujours à l’affût de produits de qualité.

C’est d’ailleurs ce que je fais pour tous les fruits que j’utilise dans mes confitures : je recherche leur provenance et sélectionne mes produits avec beaucoup d’exigence. J’offre à mes clients la même qualité que celle que j’exige pour moi-même. Pour moi, le goût naît de la qualité du produit, mais aussi du savoir-faire qui permet de le respecter et de le sublimer.

Finalement, ce que j’ai emporté de France, c’est le goût des bonnes choses, l’exigence de la qualité et cette curiosité qui me pousse toujours à rechercher les meilleurs produits.

Lorsque tu es arrivée aux États-Unis, imaginais-tu que tu allais un jour devenir aussi impliquée dans la communauté française ?

Pas du tout ! Au départ, mon intention était simplement de créer un ordre culinaire. Puis je suis allée à la rencontre des chefs, des boulangers, des pâtissiers et, plus largement, des artisans. J’ai très vite réalisé qu’il leur manquait ici une véritable « maison », une structure capable de les rassembler, de les accompagner et de valoriser leur savoir-faire, comme peuvent le faire en France les Chambres de Métiers et de l’Artisanat. Étant moi-même artisane, je connais de l’intérieur leurs réalités, leurs difficultés, mais aussi leurs besoins et leurs attentes, ce qui me permet de parler leur langage et de comprendre concrètement ce qui peut les aider. C’est ainsi que mon engagement a pris une tout autre dimension.

À quel moment as-tu compris que ton aventure personnelle pouvait aussi devenir une aventure collective ?

C’est véritablement à l’arrivée du Covid. Nous ne savions pas ce qui allait se passer et beaucoup d’Artisans et d’Entrepreneurs souffraient énormément. À cette période, les événements que j’organisais pour les soutenir ont été fortement soutenus par le consul général, qui avait bien compris l’enjeu économique.

Cet épisode m’a amenée à prendre un temps de réflexion, mais aussi à structurer davantage mon engagement.

J’ai alors contacté Christian Vabret, président de CMA France (Chambre de Métiers et de l’Artisanat) à l’époque, qui m’a encouragée et soutenue dans la création de la FAACT FL. C’est à ce moment-là que j’ai compris que mon aventure personnelle pouvait devenir une véritable aventure collective au service des artisans et des entrepreneurs.

Je garde en mémoire toutes les femmes et tous les hommes qui ont cru en cette initiative et l’ont soutenue. Je ne les oublierai jamais, tout comme ma famille, qui a été à mes côtés dans cette aventure.

Cet engagement fait d’ailleurs partie de notre façon de vivre, mon mari est lui aussi très impliqué au sein de la communauté française et a notamment été président de la Chambre de commerce. Chez nous, aider les autres, transmettre et s’engager pour la communauté sont des valeurs profondément ancrées, en France comme ici.

Madeleine & Co : le goût de transmettre

Ton entreprise Madeleine & Co est née autour de cette passion pour les fruits, les confitures et les produits travaillés avec exigence. Ton parcours t’a également conduite vers la pâtisserie et le titre de maître confiturière.

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Pourquoi cette passion pour les produits artisanaux ?

Depuis toute petite, j’ai grandi dans cet univers. En Saône-et-Loire, mon grand-père maternel m’a énormément appris. Il avait un grand potager, beaucoup de fleurs et travaillait également l’osier. D’autres membres de ma famille étaient agriculteurs, et j’ai vu mes oncles et ma tante travailler énormément. Le respect de la terre, du produit, du travail bien fait et du savoir-faire ont bercé mon enfance. Cela fait partie de mon âme.

Aujourd’hui encore, ici aux États-Unis, je ressens beaucoup d’émotion lorsque je rencontre des Artisans et des Entrepreneurs. Je sais ce qu’il y a derrière leur travail : les heures, les sacrifices, la passion et la fierté de créer de ses mains. J’ai un immense respect pour eux, et c’est certainement aussi pour cela que j’ai autant à cœur de les soutenir et de faire rayonner leur savoir-faire.

Qu’est-ce qui te manque le plus de la gastronomie française lorsque tu vis en Floride ?

Aujourd’hui, nous trouvons pratiquement tout aux États-Unis, et les choses ont énormément évolué depuis mon arrivée. Je n’aime pas cultiver la frustration ni la nostalgie, alors je m’adapte avec ce que je trouve ici et, si un produit me manque vraiment, je cherche une alternative de qualité. Finalement, je préfère découvrir ce que j’ai autour de moi plutôt que de penser à ce qui me manque.

Et à l’inverse, qu’est-ce que la Floride t’a appris sur la manière de travailler les produits et de les faire découvrir à un public américain ?

Bien sûr, il faut savoir s’adapter aux goûts du public américain, sans pour autant renoncer à son savoir-faire. Pour moi, c’est presque une mission de faire découvrir des fruits, des accords et des saveurs qu’ils ne connaissent pas forcément, notamment des fruits que je vais chercher jusque dans le nord des États-Unis.

Les Américains sont curieux, ouverts et souvent sans a priori. Il est donc assez naturel de les emmener dans notre univers gastronomique, qu’ils savent vraiment apprécier.

Mais cet échange fonctionne dans les deux sens : j’ai moi-même découvert ici des fruits, des épices et des saveurs que je ne connaissais pas. Cela nourrit ma créativité et c’est un véritable plaisir de continuer à apprendre et à faire découvrir à mon tour.

Est-ce que tu considères Madeleine & Co comme une entreprise ou aussi comme une manière de faire voyager un petit morceau de France ?

Absolument ! Chaque recette, chaque création raconte une histoire, à travers les fruits, les accords et les inspirations. J’aime raconter ces histoires à mes clients et les faire voyager dans mon univers. Je ne m’en lasse jamais : transmettre fait partie de ma passion.

La FAACT FL Chapter : aider et soutenir ceux qui se lancent

En 2021, tu crées la French American Association of Crafts & Trades.

L’objectif est clair à savoir offrir aux artisans, entrepreneurs et créateurs français un réseau et un accompagnement lorsqu’ils veulent s’installer ou développer leur activité aux États-Unis.

Pourquoi as-tu ressenti le besoin de créer cette association et qu’est-ce que tu voyais chez les artisans français qui arrivaient en Floride et qui t’a donné envie de les aider ?

J’ai vu des artisans arriver avec beaucoup de rêves et parfois repartir sans même avoir pu ouvrir leur entreprise. Derrière les belles images que l’on voit sur les réseaux sociaux, il y a aussi des histoires très difficiles dont on parle peu. Pour moi, c’était un véritable crève-cœur. C’est aussi ce qui m’a donné envie de les accompagner, pour leur éviter certaines erreurs et surtout qu’ils ne se sentent pas seuls.

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Quelles sont les erreurs que font le plus souvent les artisans français lorsqu’ils arrivent ici ?

L’une des principales erreurs est de ne pas garder les mêmes verrous de sécurité et la même prudence que dans son pays d’origine. Ici, on maîtrise moins les codes et les règles, il faut donc rester vigilant, bien s’entourer et toujours vérifier avant de s’engager.

Autre erreur, arriver avec un concept que l’on pense « révolutionnaire ». Très souvent, il existe déjà aux États-Unis ! Il ne faut jamais croire que les Américains nous attendent ou que ce qui fonctionne en France fonctionnera forcément ici.

Il faut venir, enquêter, observer le marché, trouver sa niche et s’assurer que son concept est réellement adapté. Et surtout, éviter de prendre les réseaux sociaux comme principale source de conseil pour développer son activité.

Est-ce que l’administration américaine, la réglementation, les assurances ou simplement la manière de faire du business peuvent être des obstacles difficiles à franchir pour eux ?

Oui, tout est très différent, l’administration américaine est complexe et très procédurière, avec une réglementation, des assurances et des codes qu’il faut réapprendre. Cela peut être un obstacle, mais venir entreprendre ici demande déjà du courage, de la curiosité et une grande capacité d’adaptation. Et finalement, quand on connaît les deux systèmes, on relativise !

Quel conseil donnerais-tu aujourd’hui à un boulanger, un pâtissier, un chocolatier ou un artisan français qui rêve de venir travailler en Floride ?

Le premier conseil serait de nous contacter et surtout de bien s’entourer. Nous avons aujourd’hui un réseau qui peut leur éviter certaines erreurs. Il faut aussi venir avec une vision réaliste, la Floride n’est pas une carte postale, on vient ici pour travailler, apprendre de nouveaux codes, découvrir d’autres matières premières et s’adapter. Il faut bien peser le pour et le contre, mais pour un artisan courageux et passionné, c’est une très belle aventure.

La meilleure baguette de Floride… et beaucoup plus encore

Il y a aussi les concours. Et ceux-là sont devenus de véritables rendez-vous de la communauté française.

La meilleure baguette, le meilleur croissant, la meilleure galette des rois… Ces concours permettent de mettre les artisans sous les projecteurs tout en faisant découvrir leur savoir-faire à un public beaucoup plus large. En 2025 encore, le concours de la meilleure baguette et du meilleur croissant réunissait des professionnels autour de cette volonté de faire rayonner le savoir-faire français aux États-Unis.

D’où t’est venue cette idée de faire des concours autour de produits aussi emblématiques ?

C’est venu très naturellement. La galette des rois, la baguette, le croissant sont des symboles de notre savoir-faire français. Ces concours permettent de le valoriser et de faire entrer, avec beaucoup d’humilité, le public américain dans notre univers gastronomique.

Cette année, nous fêterons d’ailleurs le dixième anniversaire du concours de la Galette des Rois, et j’en suis très fière. Lorsque nous avons commencé, la galette était encore peu présente ici ; je pense que nous avons contribué, à notre échelle, à la faire connaître et apprécier.

Ces concours ont aussi un impact direct sur la visibilité et les ventes des Artisans. Tout est organisé bénévolement par notre association, dans un véritable esprit de communauté. C’est aussi le message que je souhaite transmettre aux artisans : leur participation est importante, car ensemble, nous sommes plus forts.

Et qu’est-ce qu’une bonne galette des rois pour toi ?

Une bonne galette, c’est avant tout un beau feuilletage traditionnel, réalisé avec un bon beurre français et une bonne farine française. Aujourd’hui, nous avons ici tout ce qu’il faut pour réaliser une excellente galette, avec une crème d’amande ou une frangipane de qualité. Et surtout, beaucoup d’amour et de passion, cela aussi, le client le ressent !

Est-ce que tu as été surprise par la qualité des artisans français installés ici ?

Oui, par leur qualité, mais aussi par leur courage. Travailler avec de bonnes matières premières françaises représente un coût important ici, et pourtant beaucoup maintiennent un très haut niveau d’exigence. Nous avons de très bons Artisans, et le marché est loin d’être saturé : de nombreux endroits attendent encore de bons boulangers et pâtissiers. Il y a de vraies opportunités pour ceux qui ont le savoir-faire et le courage de se lancer.

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Et surtout, est-ce que ces concours sont uniquement une compétition ou sont-ils devenus un moyen de créer une véritable communauté professionnelle ?

Absolument. Au début, beaucoup d’artisans ne se connaissaient pas vraiment. Aujourd’hui, ils s’appellent, se rencontrent, échangent et créent des liens. Cette fraternité et cette solidarité sont des valeurs qui me sont très chères.

Mais notre rôle va plus loin, avec le nombre de membres que nous représentons aujourd’hui et la reconnaissance acquise à travers nos concours, nous sommes devenus une véritable force collective. Nous connaissons les circuits de distribution et représentons aujourd'hui un veritable poids auprés des marques et des distributeurs.

Nous pouvons orienter les artisans dans le choix de leur matières premières Francaises, mais aussi de materiels et equipements francais pour la cuisine, la boulangerie et la patisserie, avec une attention particuliere portée au service apres vente, De plus, nous organisons des masterclasses. Lorsqu’un artisan a un besoin, notre rôle est de savoir vers qui le diriger.

Pour moi, c’est toute la force de cette communauté : ne plus être seul face aux difficultés de son métier.

Faire vivre un petit morceau de France à Miami

La FAACT organise également des marchés et des rendez-vous qui permettent aux artisans de rencontrer directement leur public.

Pourquoi les marchés français sont-ils aussi importants pour toi ?

Je tiens d’abord à remercier la Ville de Miami Beach, qui nous a beaucoup soutenus et nous a accordé une concession de trois ans à South Pointe Park. Il est important de ne jamais oublier ceux qui vous font confiance.

Ces marchés sont essentiels pour les artisans, dont une majorité sont des femmes. Ils leur permettent de rencontrer directement leurs clients, de tester leurs produits, de gagner en confiance et, bien sûr, de générer des revenus grâce à leur savoir-faire.

Mais au fil des années, The French Market est surtout devenu une véritable communauté, française mais aussi américaine, où règnent l’échange, la fraternité et la solidarité.

Et finalement, cela va bien au-delà des marchés : à travers toutes les actions de notre association, nous faisons aussi rayonner la France, son savoir-faire et son art de vivre. Nous donnons envie au public américain de découvrir la France, ou tout simplement d’y retourner. C’est aussi une très belle façon de créer des passerelles entre nos deux pays.

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De Miami Beach aux apprentis français

Ton travail ne se limite désormais plus aux événements communautaires. La FAACT participe également à des initiatives qui rapprochent les professionnels français et américains et favorisent la transmission des savoir-faire. Des jeunes apprentis français ont notamment pu venir en Floride dans le cadre d’échanges avec des acteurs de Miami Beach et du monde de la boulangerie.

Pourquoi la transmission est-elle devenue un sujet aussi important pour toi ?

La transmission est essentielle parce qu’un savoir-faire qui ne se transmet pas finit par disparaître. L’apprentissage est un formidable outil français : il permet aux jeunes d’apprendre un métier au cœur de l’entreprise, mais aussi de comprendre la réalité d’un artisan entrepreneur et, un jour, de transmettre à leur tour ou de créer leur propre établissement.

Nous travaillons actuellement avec la CMA (Chambre des Metiers et de l'artisanat) Île-de-France et Élisabeth Auffray, qui m’accompagne fidèlement, sur un important projet d’apprentissage. Il est aujourd’hui difficile de pourvoir certains postes, notamment en boulangerie-pâtisserie, et nous avons une proposition concrète. Le projet est prêt, il nous manque maintenant le soutien nécessaire pour le faire démarrer.

Pour moi, transmettre est un devoir pour les artisans, c’est ainsi que l’on assure la pérennité de nos métiers, de nos savoir-faire et aussi d’une certaine idée du bien-manger.

Une Française qui parle aux Américains

Ce qui est particulièrement intéressant dans ton parcours, c’est que ton action ne s’adresse pas uniquement aux Français.

Tu as progressivement créé des liens avec des acteurs locaux américains, notamment à Miami Beach, et tu participes à des projets où Français et Américains se rencontrent autour de la gastronomie, de l’artisanat et de la transmission. La FAACT a notamment été impliquée dans des événements réunissant des étudiants de Paris et de Miami Beach autour de la cuisine et de la pâtisserie.

Comment réussit-on à créer ces liens avec les élus et les institutions américaines ?

Il faut d’abord oser ! Beaucoup de ces liens se sont créés naturellement, notamment sur les marchés, en rencontrant des élus, en échangeant et surtout en leur montrant concrètement ce que nous faisons.

Je suis très reconnaissante envers toutes les personnes et les institutions américaines qui nous soutiennent. Leurs encouragements et la reconnaissance de notre travail sont précieux et nous donnent encore plus envie d’aller plus loin.

Est-ce que tu as le sentiment d’être devenue, d’une certaine manière, une ambassadrice de l’artisanat français ?

Je n’aurais pas la prétention de me définir ainsi. Je crois qu’il faut toujours rester humble dans ce que l’on fait. En revanche, cela fait de nombreuses années que je me bats avec passion pour faire rayonner le savoir-faire français et mettre en lumière nos artisans. Si cela contribue, à mon échelle, à représenter et valoriser l’artisanat français ici, alors j’en suis très fière.

La communauté française

Tu connais aujourd’hui énormément de Français installés en Floride, des entrepreneurs, des artisans, des commerçants, des familles, mais aussi des responsables associatifs.

Est-ce que tu trouves que les Français de Floride sont suffisamment connectés entre eux ?

Chacun vit son expatriation différemment. Certains Français, en arrivant ici, souhaitent prendre leurs distances avec la communauté française, tandis que d’autres recherchent naturellement ce lien, notamment lorsqu’ils ne maîtrisent pas encore parfaitement la langue. Chacun fait son choix.

Est-ce que les associations françaises sont assez présentes ?

Oui, je pense qu’elles sont très présentes. Elles sont toutes différentes et apportent chacune, à leur manière, des outils et des services complémentaires à la communauté française. Nous avons beaucoup de chance d’avoir cette diversité.

J’en profite pour remercier tous nos bénévoles, sans qui rien ne serait possible, et tout particulièrement notre secrétaire, Maître Christian Schoepp, notre trésorière Christina Fox, ainsi que nos deux vice-présidents et l’ensemble du board, pour leur engagement fidèle à nos côtés.

Si tu pouvais réunir demain autour d’une même table tous les responsables associatifs français de Floride, qu’aimerais-tu leur dire ?

Je leur dirais simplement : travaillons ensemble. Une association ne prend rien à une autre ; chacune a sa place, son identité et ses forces. Il faut savoir dépasser les préjugés, les paroles qui peuvent diviser et aller à la rencontre les uns des autres. Nous avons tous beaucoup plus à gagner en unissant nos énergies, ensemble, nous pouvons faire davantage et faire rayonner encore plus fortement notre communauté.

Et derrière toute cette énergie ?

C’est peut-être la partie la plus importante de cette interview.

Tu pourrais consacrer toute ton énergie à ton entreprise. Pourquoi choisis-tu de donner autant de temps aux autres ?

Je n’ai pas vraiment de réponse, c’est simplement ma façon d’être. J’ai toujours cru au partage, à la solidarité et à la force du collectif. Il faut aussi des personnes qui acceptent d’être des moteurs pour faire avancer les choses et créer des opportunités pour les autres. C’est ainsi que j’ai toujours fonctionné. Je crois profondément en l’humain et en l’intelligence des mains.

 

Corinne ouelhadj engel lors du championnat du monde de confiture en 2019 prepare ses recettes a base de figues photo jsl entourage prod 1653598269

Et pour terminer ?

Parce qu’on ne pouvait pas te laisser partir sans en savoir plus sur toi avec nos questions privées…

Corinne, c'’est quoi la chanson qui te booste quand tu as besoin d’énergie ?

Sans aucune hesitations, Unstoppable de Sia.

Quel est le livre que tu conseillerais à un ami les yeux fermés ?

Le mien, celui que je suis justement en train d’écrire !

Et enfin, quel film tu pourrais voir 20 fois ?

Le dernier film qui m’a profondément marquée est Les rayons et les ombres avec Jean Dujardin, Je l’ai déjà vu deux fois ! C’est un film historique exceptionnel, très bien interprété, sur une période sombre de notre histoire. Il interroge profondément sur la condition humaine et ne laisse pas indifférent, c’est vraiment un film que je conseille.

 

La Gazette de Miami est particulièrement fière d’avoir pu donner la parole à Corinne Ouelhadj engel, une personnalité qui compte dans la communauté française et francophone de Floride.

Nous la remercions sincèrement de s’être prêtée au jeu de cette interview avec autant de franchise, sans esquiver aucune de nos questions. Malgré un emploi du temps exceptionnel et de nombreuses responsabilités, Corinne nous a accordé son temps avec une disponibilité que nous tenons à souligner.

Merci, Corinne, pour ta confiance, votre sincérité et ce moment d’échange avec les lecteurs de La Gazette de Miami.

 

Paul-Eric Quentin pour la Gazette de miami, septembre 2026