
On imagine les Français de Floride à Miami, dans les restaurants, l’immobilier, les hôtels ou les plages de South Beach. La réalité est beaucoup plus vaste.
De Jacksonville à la Space Coast, d’Orlando à Tampa et jusqu’à Miami, les entreprises, entrepreneurs, ingénieurs, investisseurs, étudiants et familles françaises ont construit un écosystème dont le poids se mesure désormais en milliards de dollars et en dizaines de milliers d’emplois. Bienvenue dans la French Florida.
Il suffit parfois de changer de regard pour découvrir une réalité que l’on ne soupçonnait pas. Depuis la France, la Floride est souvent résumée à Miami, Orlando, Disney, aux retraités américains et à l’immobilier.
Pourtant, lorsque l’on prend un peu de hauteur, une autre géographie apparaît. La présence française s’étend aujourd’hui sur une grande partie de l’État et touche l’aéronautique, le spatial, la technologie, la finance, la logistique, le tourisme, l’hôtellerie, la santé, l’industrie et les services.
Les chiffres donnent immédiatement une autre dimension à cette histoire. Selon SelectFlorida, plus de 200 entreprises françaises sont implantées en Floride, avec plus de 350 établissements ou implantations.
Les filiales françaises soutenaient plus de 37 000 emplois dans l’État et représentaient environ 8,8 milliards de dollars d’actifs en équipements et installations selon les dernières données disponibles. En 2020, la France était ainsi le quatrième investisseur étranger en Floride et le deuxième investisseur européen. (SelectFlorida)
Mais derrière ces chiffres, il ne faut surtout pas imaginer uniquement les grands groupes. Certes, des entreprises comme Accor, Air France-KLM, Capgemini, Geodis, LVMH, Sodexo, Thales ou Veolia ont construit une présence solide en Floride.
Mais l’écosystème français est aussi constitué d’une multitude de petites entreprises et d’entrepreneurs indépendants qui travaillent parfois seuls ou avec quelques salariés, dans l’immobilier, la restauration, le conseil, la finance, la communication, les services, la technologie, la santé ou le commerce. C’est cette partie beaucoup moins visible de la communauté qui constitue probablement son tissu le plus vivant.
Et cette communauté est loin d’être marginale à l’échelle américaine. Selon SelectFlorida, la Floride abrite la deuxième plus importante communauté francophone d’Amérique du Nord après le Québec, avec une estimation d’environ 103 000 personnes parlant français à la maison. Ce chiffre concerne l’ensemble de la population francophone et comprend notamment des Québécois et des Haïtiens : il ne correspond donc pas au nombre de Français installés en Floride. Mais il montre l’importance du bassin francophone dans lequel les entrepreneurs et entreprises françaises évoluent. (SelectFlorida)
Cette dimension francophone s’inscrit dans une population floridienne elle-même en pleine croissance. L’État compte aujourd’hui plus de 23 millions d’habitants et plus de 5,3 millions de personnes nées à l’étranger. La Floride est devenue l’un des territoires les plus internationaux des États-Unis, ce qui explique en partie son attractivité pour les entrepreneurs venus d’Europe et notamment de France. (Census Data)

Une France qui ne s’arrête plus à Miami
Miami reste évidemment le principal point d’entrée. La ville concentre les activités financières, immobilières, touristiques et culturelles et demeure une formidable porte d’accès au marché américain et à l’Amérique latine.
Mais la géographie française s’élargit.
Orlando attire les professionnels du tourisme, des services, de la technologie et de l’aéronautique. Tampa développe son écosystème dans la finance, la santé et les technologies. Jacksonville possède un potentiel industriel et logistique considérable. Et la Space Coast ouvre une nouvelle frontière française autour de l’espace, de l’aéronautique, de la défense et des technologies avancées.
L’aéronautique est d’ailleurs devenue l’un des symboles de cette nouvelle implantation. Le projet d’Otto Aviation à Jacksonville prévoit plus de 430 millions de dollars d’investissement et 389 emplois à hauts salaires. AURA AERO, entreprise française née à Toulouse, développe également un projet industriel majeur en Floride autour d’Embry-Riddle Aeronautical University, avec un investissement annoncé de 172,5 millions de dollars et environ 1 030 emplois envisagés. (Census Data)
Ce sont des projets industriels, pas simplement commerciaux. Ils montrent que les relations franco-floridiennes entrent dans une nouvelle phase, la France ne vient pas seulement vendre en Floride, elle vient aussi y produire, recruter, investir, innover et travailler avec les universités américaines.
Un écosystème encore à connecter
C’est probablement là que se trouve le principal enjeu des prochaines années.
La French Florida existe déjà, mais elle reste dispersée. Un entrepreneur de Miami peut connaître très peu ce qui se passe à Tampa. Une entreprise d’Orlando peut ignorer les projets industriels de Jacksonville. Un ingénieur français de la Space Coast peut avoir davantage de contacts avec Toulouse qu’avec la communauté française située à quelques centaines de kilomètres.
Les institutions commencent pourtant à créer des passerelles. Le consulat de France à Miami, Business France, la Chambre de commerce franco-américaine, la French Tech, les réseaux économiques de Tampa et d’Orlando, les acteurs de la Space Coast et SelectFlorida participent progressivement à cette mise en relation.
La prochaine étape sera peut-être de faire davantage circuler cette énergie.
Car ce qui frappe lorsqu’on observe la Floride aujourd’hui, c’est que la présence française ne ressemble plus vraiment à une diaspora traditionnelle. Elle ressemble de plus en plus à un réseau économique, culturel et humain.
Un réseau dans lequel les grands groupes côtoient les entrepreneurs individuels, les start-up côtoient les commerces de proximité, les ingénieurs travaillent avec les universités, les investisseurs rencontrent les créateurs d’entreprise et les familles françaises construisent leur vie au milieu d’une société américaine profondément internationale.

Et La Gazette dans tout ça ?
C’est cette transformation que La Gazette de Miami veut raconter.
La Gazette reste un jeune média, et nous voulons conserver cette humilité. Mais nous sommes particulièrement fiers de constater que notre travail commence à être reconnu par de grandes entreprises françaises présentes en Floride, par des entrepreneurs et par certaines personnalités qui participent à cette relation entre la France et les États-Unis.
Les premiers partenariats qui commencent à se nouer représentent beaucoup pour nous. Ils nous encouragent à continuer à donner de la visibilité à ceux qui entreprennent, innovent et créent en Floride, qu’ils dirigent un grand groupe ou une petite entreprise.
Car c’est aussi cela que nous voulons montrer, derrière les chiffres et les grandes marques, il y a des milliers de femmes et d’hommes qui construisent, souvent discrètement, une nouvelle histoire française en Floride.
La Gazette souhaite être un trait d’union entre ces mondes, entre Miami et le reste de la Floride, entre les entrepreneurs et leur public, entre les institutions et la communauté, mais aussi entre la France et les États-Unis.
Nous serons toujours prêts à aller dans le sens de la coopération franco-américaine, à accompagner ceux qui la font vivre et à contribuer, à notre échelle, à faire briller l’image et la parole d’une France moderne, entreprenante, ouverte et fière de ses liens avec l’Amérique.
La France est déjà en Floride.
Et l’histoire ne fait probablement que commencer.
Paul-Eric Quentin pour la gazette de Miami.